Discours à l’occasion du 125e anniversaire de l’Institut agricole de Grangeneuve

Chers représentants des autorités fédérales, cantonales et communales,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations agricoles et des établissements de formations,
Mesdames et Messieurs les membres des administrations fédérales et cantonales,
Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprises partenaires de l’IAG,
Chers invités,

J’ai le grand plaisir de vous saluer au nom du gouvernement fribourgeois.
Le Conseil d’Etat est fier de l’essor de l’Institut agricole de Grangeneuve, et de sa longévité. Si le double jubilé fêté aujourd’hui nous amène naturellement à nous pencher sur le passé de Grangeneuve, nous pouvons le faire avec plaisir et enthousiasme en sachant que son avenir est radieux.
C’est avec un très grand plaisir que je souhaite, à l’IAG avec Mme la Présidente du Gouvernement, un joyeux double anniversaire, au nom du Conseil d’Etat fribourgeois.

L’histoire du canton de Fribourg est intimement liée à celle de son agriculture. 6000 ans avant notre ère, les tous premiers villages fribourgeois, sur les rives des lacs de Morat et de Neuchâtel, sont naturellement des villages de paysans, attirés dans la région par la richesse des terres fribourgeoises.

Notre territoire a été façonné, progressivement, par l’agriculture. Les petites exploitations familiales côtoyaient ainsi les grands domaines, comme celui des moines d’Hauterive venus de France.

Le pays de Fribourg a produit des draps de laine, puis les moutons qui peuplaient nos alpages ont été remplacés par les vaches. Les Fribourgeois avaient trouvé leur pierre philosophale, qui transforme le lait en or : le gruyère. Et déjà à l’origine même de ce fleuron de notre agriculture, on trouve l’échange et le partage de connaissances. La recette du gruyère, améliorée bien sûr par le savoir-faire local, nous viendrait en effet des Italiens, qui connaissaient déjà depuis des siècles les secrets des fromages gras.

Il est inutile de détailler les liens essentiels du canton de Fribourg avec son agriculture. Il suffit de se remémorer aujourd’hui les images qui portent notre canton à l’extérieur de ses frontières : l’armailli, le gruyère, le chalet, la double crème, la poire à botzi… Pour en saisir l’importance. Mais même la poire à botzi chantée magnifiquement par Anonyme semble provenir d’Italie. Ainsi notre canton a toujours su tirer parti des connaissances acquises dans d’autres pays.
La fondation de l’IAG coïncide avec une crise majeure de l’agriculture, que l’ouverture des frontières et le commerce international met à mal à la fin du 19ème siècle. Les fondateurs ont compris, dès l’origine, que le secret de la survie était dans la recherche et la formation, pour améliorer les pratiques traditionnelles, créer des synergies, partager des expériences et des connaissances.

Seither hat die Landwirtschaft einen tiefgreifenden Wandel durchgemacht. 1888, im Jahr der Gründung von Grangeneuve, waren 62% der Freiburger Bevölkerung in der Landwirtschaft aktiv. Heute sind es 3%. Die Zahl der Betriebe ist von über 15’000 auf heute 3’000 gesunken. Gleichzeitig ist jedoch die Produktion explodiert, namentlich dank der Forschung und der Ausbildung am LIG : 1936 konnte ein Landwirt 10 Personen ernähren. Heute ernährt er deren 60. Die Milchproduktion einer Kuh hat sich in 150 Jahren vervierfacht, die Produktion einer Hektare Getreide ist sogar um das sechsfache gestiegen !

Je l’ai dit en introduction : en ce jour de jubilé, il ne faut pas se contenter de regarder en arrière, même si le travail accompli en 125 ans, et même en 750, est admirable. Aujourd’hui, je veux aussi, et peut-être surtout, regarder vers l’avenir. Les défis sont nombreux, alors que le marché mondial bouleverse en permanence les conditions de vente et de production du milieu agricole. Les techniques ont déjà révolutionné l’agriculture, et vont continuer à le faire. Les connaissances scientifiques élargissent notre regard mais elles méritent aussi un regard critique avant d’être appliquées à large échelle. L’IAG tient une place essentielle dans ce contexte : celle de passeur, d’intermédiaire entre des savoirs abstraits et des pratiques concrètes.
De nouveaux défis nous attendent pour nourrir l’humanité. Un tiers de la nourriture produite est jetée chaque année. Ce constat du PNUE est navrant. Des mesures doivent être prises à tous les stades de la chaîne pour éviter ce gaspillage. Un quart du sol du monde est dégradé par la pollution, le compactage, l’érosion, le manque de matière organique. Les résultats des enquêtes sur l’état du sol de certains états sont classés secret d’Etat. Le travail à réaliser ensemble pour nourrir l’humanité tout en persévérant les ressources pour le long terme est considérable.
Pour accomplir cette mission, l’IAG a su tisser, dès son origine, un réseau dense et divers. Avec les agriculteurs bien sûr, qui se souviennent de leur passage dans les classes de Grangeneuve, et de l’importance des connaissances et des compétences qu’ils y ont acquises.

Ensuite avec différentes entités qui partagent avec l’IAG la mission de produire mieux. A commencer bien sûr par l’Agroscope fédéral, dont le rapprochement avec l’IAG se concrétisera prochainement sur les terres historiques de l’Institut. Il s’agit de la première pierre, ou plutôt d’une nouvelle pierre, la première ayant été posée il y a 750 ans, de ce que l’on appelle un « Food Cluster ». Un terme un peu barbare dans ces lieux vénérables longtemps plus habitués au latin des prières cisterciennes. Mais un projet qui dénote de la modernité résolue de l’IAG, à l’image du canton de Fribourg tout entier. Il ne s’agit pas de faire table rase d’un passé obscur dont on aurait un peu honte, mais de construire sur ce passé solide un avenir radieux. L’actualité de ces derniers mois a démontré à l’envie l’importance d’un suivi cohérent des denrées alimentaires, de leur production à leur consommation. En embrassant tout le cycle de production des denrées alimentaires, de la fourche à la fourchette, l’IAG est une réponse pertinente et exemplaire à cette préoccupation majeure des consommateurs dans un marché mondialisé. Car s’il faut mieux surveiller, il faut aussi renforcer les liens entre producteurs et consommateurs pour une chaine plus sure et conviviale. L’agriculture de proximité a aussi un rôle dans la cohésion de la société, en unissant villes et campagnes.

Comme le dit Pierre Rabhi né en Algérie à la porte du désert en 1938, établi en France, fondateur de nombreuses associations comme Resalis pour des réseaux locaux tendant à l’autosuffisance alimentaire et auteur du livre « Vers la sobriété heureuse ».

On voit s’ériger des générations d’enfants qui faute d’un éveil à la vie sont réduits à n’être que des consommateurs insatiables, blasés et tristes.
Le développement nécessite un travail de sensibilisation. Il s’agira de poursuivre dans cette voie, mais aussi de relever les défis énergétiques et environnementaux. L’investissement de l’IAG dans le secteur du Bio, et l’accompagnement que l’institut va offrir, vont tout-à-fait dans ce sens.

Le site de Grangeneuve offre un environnement d’apprentissage grandeur nature, où les compétences professionnelles sont enseignées de manière concrète et directe. En perpétuant la tradition millénaire de la formation duale et en collaborant activement avec les formateurs en entreprise, l’IAG est l’intermédiaire incontournable de toute une filière, bien au-delà des frontières du canton de Fribourg. L’IAG est aujourd’hui un centre de compétences reconnu dans toute la Suisse romande, dans les métiers l’agriculture, de l’horticulture, de l’intendance ou de l’industrie laitière et agroalimentaire. Cette expertise dépasse même les frontières nationales. Lors des récentes commémorations de l’indépendance de l’Algérie son ambassadeur en Suisse a ainsi remercié publiquement le canton de Fribourg et l’IAG pour les conseils dispensés à l’époque pour moderniser l’agriculture de son pays. Hier soir à l’assemblée de notre économie alpestre, je me disais que les peuples des montagnes et des contrées arides ont en commun non seulement l’authenticité et la sobriété mais aussi la clarté du ciel. Sachons en tirer parti pour dessiner l’avenir. .

Das LIG dehnt sich jedoch nicht nur geografisch aus. Das Institut erweitert auch sein Angebot an Weiterbildungen. Noch vor wenigen Jahren waren die Veränderungen die Folge des Übergangs von einer Generation zur anderen. Der Sohn oder die Tochter führten gelassen die neuen Techniken auf dem Betrieb ein, den sie von den Eltern geerbt hatten. Heute und in Zukunft erlebt jede Generation Umwälzungen. Fast jährlich bringen neue Techniken Verbesserungen, stellen uns aber auch vor neue Probleme. Die Politik richtet die Landwirtschaft in raschem Tempo neu aus.
Um diesen Anpassungen gerecht zu werden, ist die Weiterbildung unentbehrlich.

Une formation continue qui ne doit d’ailleurs pas seulement apporter des connaissances techniques, mais aussi un bagage de culture et de sagesse pour se positionner dans un monde complexe.

Comme l’a dit la Directrice de l’IAG, dans les couloirs de l’Institut se côtoient au quotidien trois générations de paysans, du jeune qui suit son apprentissage à son grand-père qui prépare la remise de son domaine en passant par les parents venus suivre un cours de formation continue. Ce dialogue entre les générations est une autre des nombreuses richesses de l’IAG. Car, surtout dans le domaine de l’agriculture, on ne peut avancer qu’en s’appuyant sur le travail que nos prédécesseurs ont déjà réalisé.

Um diese Aufträge zu erfüllen und das neue Gesicht des Kantons Freiburg mitzugestalten, kann das LIG auf kompetente und motivierte Mitarbeiterinnen und Mitarbeiter zählen. Die Stärke des Instituts besteht in dieser internen Zusammenarbeit zwischen Fachpersonen aus unterschiedlichen Gebieten, die alle zum Aufschwung von Grangeneuve beitragen.

Grangeneuve doit rester un lieu de rencontre de toutes les personnes concernées par la chaîne agroalimentaire. Et même au-delà, une porte ouverte sur l’agriculture pour toute la société. L’agriculture n’a jamais fonctionné en vase clos, et aujourd’hui encore moins qu’hier. Les mutations de la société, les défis énergétiques et environnementaux, les pressions économiques mondiales, nous interdisent de faire de Grangeneuve un sanctuaire fermé sur lui-même. Au contraire, il faut travailler en réseau, en membre d’une grande chaîne d’échange par innover ensemble. A l’image des cisterciens qui se retiraient du monde pour mieux y retourner, le façonner et le nourrir, l’IAG doit ouvrir l’agriculture sur le monde et lui donner les outils nécessaires pour y évoluer harmonieusement. Je suis certaine que l’IAG en a les moyens, et que, du haut de ses 125 ans, il a encore la jeunesse et l’énergie pour apporter beaucoup à l’agriculture de ce canton et de toute la Suisse.

Je souhaite à l’Institut agricole de Grangeneuve de poursuivre sur la voie qui l’a mené au succès, et de continuer à porter fièrement son slogan « Toujours une tradition d’avance », qui dit si bien que l’avenir se construit en préservant le capital du passé. Nous empruntons le monde à nos enfants. Je pense que vous avez tous ressentis lors des chants de la cérémonie qui a précédé, transcende cet esprit qui anime les générations sur ce site.

Tous mes vœux pour ce double jubilé et longue vie à Grangeneuve.