Discours à l’occasion de l’élection à la Présidence du Conseil d’Etat

Monsieur le Président,
Monsieur le Président élu,
Mesdames et Messieurs les député-e-s,
Chers collègues du Conseil d’Etat,

Je vous remercie pour la confiance que vous m’avez témoignée en m’élisant à la présidence du Conseil d’Etat. Je me réjouis d’accomplir ce mandat que je souhaite placer sous le signe de la paix, puisque 2016 sera pour Fribourg l’année de la célébration des 500 ans de la paix perpétuelle.

Au moment des crispations identitaires entre la ville et la campagne, entre les langues, entre les religions, entre les sexes parfois, voire entre les jeunes et les aînés, au moment des retours en arrière dans la politique environnementale, des tensions entre pays riches et pauvres, que peut faire notre canton pour la paix ?

Après les terribles attentats qui ont frappé la France vendredi, nous avons tous, et particulièrement nous tous élus, un devoir d’exemplarité et de dignité. J’en appelle à la responsabilité de chacun et chacune : ne cédons pas à la haine, ne laissons pas la place aux amalgames, aux provocations douteuses, aux humiliations de mauvais goût, qui n’entraînent que le chaos. Les terroristes auraient gagné, ils auraient bouté le feu. Cette retenue ne doit pas nous empêcher d’être fermes et de défendre avec vigueur nos valeurs démocratiques de liberté, d’égalité et aussi de paix.

En ces jours difficiles, il est paradoxal de parler de paix, pourtant 2016 sera pour Fribourg une année particulière. La paix perpétuelle y a été signée en 1516, il y aura 500 ans, entre la France du roi François 1 er et la Suisse qui envoyait ses enfants guerroyer pour diverses puissances étrangères. François 1 er a versé un montant conséquent aux Suisses d’alors pour qu’ils ne servent plus que la France. Une façon particulière de voir la paix. Mais petit à petit, les Suisses se sont distanciés des conflits européens jusqu’à obtenir la reconnaissance de leur neutralité en 1815 au Congrès de Vienne. Et aujourd’hui, notre pays offre ses bons services en faveur de la paix dans le monde. Que ce soit par les organisations internationales présentes en Suisse ou par notre Département fédéral des affaires étrangères où œuvrent bon nombre de fribourgeois.

Cinq siècles après la signature de la paix perpétuelle, un autre François, pape celui-là, appelle à la
paix. Là aussi Fribourg fait partie du jeu puisque de nombreux fribourgeois, gardes suisses, veillent
à sa sécurité. Le pape François appelle à la paix générale, mais aussi à la paix avec l’environnement. Il affirme que détruire notre environnement, c’est porter atteinte aux plus démunis d’entre nous. L’encyclique Laudato si préconise la sauvegarde de la maison commune. Dans cet ouvrage étonnant, je dirais même décoiffant, il y a même un paragraphe sur un moyen de minimiser les impacts sur la nature en créant des corridors biologiques... Un document cantonal sur ce sujet est en consultation actuellement !

Mais la paix avec l’environnement n’est qu’un des multiples aspects de la paix... Que peut encore
faire Fribourg pour la paix actuellement ? L’histoire de notre canton et le courage de nos prédécesseurs doivent nous inspirer pour l’avenir.

Fribourg a bénéficié en 1481 des bons offices de Nicolas de Flüe à l’époque où les cantons ruraux et montagnards de Suisse centrale et leurs alliés ne voulaient pas étendre la Confédération des huit cantons à de nouvelles villes - Fribourg, était alors une cité-Etat dont le territoire était plus limité que celui du canton actuel. Les cantons ne s’accordaient pas sur la répartition du butin des batailles contre Charles le Téméraire. Comment le répartir entre les Confédérés ? Une question intrinsèque
au fédéralisme qui réapparaît aujourd’hui sous une autre forme lors des discussions sur la péréquation financière. Un compromis a été trouvé aujourd’hui comme hier. La paix entre les villes et les campagnes a été faite à l’époque, nous en avons bénéficié... Que cela se poursuive ainsi !

En 1481 la Confédération était alémanique. La ville de Fribourg qui avait été quelques années savoyarde a donc fait un effort considérable d’intégration en adoptant l’allemand comme langue administrative et les principales familles ont germanisé leurs noms. Les Montagny sont devenus Montenach, les Dupasquier von der Weid, les Cugniet Weck. On le voit, les grandes familles ont su naviguer en paix entre les deux langues. A l’heure actuelle, M. Clément devrait se muer en M. Gutmütig pour convoler en couple fusionnel avec Mme Tailleur.

Ein paar Jahrhunderte später spielt Freiburg erneut eine führende Rolle in der Entwicklung unseres Landes. Im Jahr 1803 eröffnet Landammann Louis d’Affry in der Franziskanerkirche die erste Tagsatzung der neuen Schweiz – la diète de la nouvelle Suisse. Zu dieser Zeit nimmt der Kanton seine aktuelle Form an, mit dem endgültigen und rechtmässigen Eintritt des – mehrheitlich reformierten – Seebezirks in den Kanton. Eine Vergrösserung, die aus unserem Kanton eine Mini-Schweiz macht, die in Frieden mit mindestens zwei Sprachen und zwei Religionen lebt ?

Mini-Suisse, canton d’équilibre qui concilie deux langues ou davantage, deux religions historiques avec d’autres arrivées entre-temps, qui arbore fièrement les deux pôles touristiques que sont nos montagnes et nos rives lacustres, soignant les retrouvailles entre les générations autour de nombreuses fêtes et spécialités culinaires.

Gerade in diesem Lebensmittelsektor benötigten die Freiburger oft das Wissen der Menschen, die von anderswo her kamen. Die Zisterzienser Mönche aus dem Burgund brachten zahlreiche landwirtschaftliche Kenntnisse mit ; die Italiener teilten ihr Wissen über die Käseherstellung ; die Nobs, Kaeser, Blancpain, Cailler, Nestlé und Guhl, oder kurz gesagt, die grossen Namen der Lebensmittelindustrie, sind nach Freiburg gekommen, und haben es bereichert.

Nous avons su nous enrichir mutuellement et faire rayonner notre canton dans divers domaines. De nombreux Fribourgeois ont su profiler Fribourg en travaillant en réseau comme Grégoire Girard ou Georges Python De ces périodes fastes de collaboration sont restées des merveilles architecturales, et des institutions opérationnelles. Parmi elles, l’Université qui poursuit cette mission du vivre ensemble au travers de l’Institut du plurilinguisme, de l’Institut pour le dialogue interreligieux ou de l’Institut du fédéralisme.

Fribourg pont, Fribourg carrefour... Faisons-nous suffisamment vivre ce carrefour, pour nous et pour notre rôle dans le monde ? La tâche de promotion de la paix dans divers domaines est ardue, mais il est de notre devoir de démontrer qu’il est possible de vivre ensemble de manière conviviale, en tirant profit des différences tout en en préservant nos valeurs.

Nous tous qui nous engageons, pourquoi ne pas confier à l’Institut du plurilinguisme la mission de favoriser l’apprentissage de la langue partenaire aux enfants de notre canton, pour qu’ils aient la chance d’être bilingues ?

Conformément à notre longue tradition, pourquoi ne pas nous mettre d’accord pour contrer, sans angélisme, le fondamentalisme religieux par des discussions clairement encadrées dans notre université et des textes de lois efficaces ? Peut-être le devons-nous aux femmes qui sont souvent les premières victimes de ces dérives.

Nous avons l’habitude de faire des merveilles avec peu de moyens et un subtil équilibre entre tradition et innovation. Ensemble nous pouvons être suffisamment créatifs et originaux pour que le canton de Fribourg soit convoité par les entreprises étrangères qui ont toujours inspiré voire créé notre tissu industriel, pour que notre art de vivre « le bonheur en plus » soit reconnu, pour que nous préservions notre magnifique environnement ? Dans le domaine agroalimentaire de magnifiques et ambitieux projets sont en voie de réalisation avec des constructions à l’appui. Dans le domaine de la mobilité et des transports publics, le canton étoffe son réseau. Nos Hautes écoles et nos entreprises rivalisent d’inventivité pour des produits de qualité malgré le franc fort et la bureaucratie parfois étouffante. Notre force réside dans notre équilibre, mais attention, un vélo, même électrique, est en équilibre tant qu’il avance...

Notre canton a eu des périodes de repli, mais aussi eu des périodes d’ouverture sur le monde et des traits de génie qui l’ont fait rayonner loin à la ronde...Paisible et généreux, il a souvent été au centre des solutions, car il sait encore trouver des solutions simples à appliquer.. Continuons à imaginer des projets pour notre canton-pont. Des investissements soutenus mutuellement, des rencontres, des projets de recherche, des structures efficaces, ...

Le fameux Grand Pont, le plus long pont suspendu du monde en 1836, avait ouvert Fribourg au tourisme. Le pont de la Poya est un bel exemple d’un investissement conjoint Confédération – Canton - Commune pour le bien de tous. J’ai mentionné des exemples de la capitale, mais je pense bien entendu à l’aménagement de l’espace public de tout le canton. Quel est notre prochain rêve, notre prochaine ambition ?

Quels sont les projets du canton avec la population la plus jeune de Suisse ? Notre fortune nous permet d’investir, vous l’avez relevé hier. Notre culture nous permet de montrer l’exemple du vivre-ensemble.

J’espère que cette année sera placée non sous le signe de la discorde, non plus sous le signe d’une paix qui ronronne ou qui élude les problèmes, mais sous le signe d’une paix dynamique et visionnaire. Je souhaite vivement que 2016 sera une année où les enjeux électoraux inciteront chacune et chacun à viser plus haut pour notre canton. Que chacun aie confiance en sa mission constructive !

Je vous souhaite à tous et à toutes une belle année fructueuse et félicite au nom du Conseil d’Etat les élus de ce jour !

Je vous remercie de votre attention.